Kevin Paquette: Quand Montréal ne parle plus au nom du Québec
Longtemps métropole nationale, Montréal apparaît aujourd’hui déconnectée du reste du Québec.

Kevin Paquette est consultant chez Crestview Strategy.
Partout dans le monde, une fracture s’accélère entre les métropoles et les périphéries. Les grandes villes cosmopolites qui ont pour mission de connecter entre elles les nations, de faire progresser les sociétés et d’assurer le développement économique des États ont progressivement cessé d’être uniquement des moteurs. Elles sont devenues des filtres, et parfois même des mondes parallèles.
À force de vouloir être de partout, ces métropoles finissent par n’être pleinement nulle part. Lorsque la métropole ne se perçoit plus comme l’expression d’un peuple, mais comme une plateforme mondiale installée sur son territoire, une rupture se creuse inévitablement.
Plutôt que d’être le reflet, à l’international, de ce que la nation qu’elle représente a de plus distinctif, la métropole contemporaine tend désormais à promouvoir auprès de ses propres concitoyens une vision internationaliste, progressiste et multiculturaliste de la société, au détriment des spécificités nationales qu’elle est pourtant censée incarner.
Malheureusement, cette dynamique n’épargne pas le Québec. On la perçoit clairement dans la relation de plus en plus tendue que Montréal entretient avec les Québécois des régions.
Montréal est désormais tellement absorbée par les conflits internationaux, le militantisme de gauche et le multiculturalisme, qu’elle semble, à l’instar de plusieurs autres métropoles internationales, avoir oublié d’où elle venait.
Une fracture s’est lentement installée entre Montréal et le Québec des régions dans les dernières décennies. Elle est d’abord symbolique, mais elle est aussi géographique : Montréal est une île, au milieu du fleuve Saint-Laurent – et de plus en plus, une île mentale. De nombreux Montréalais reconnaissent ouvertement ne presque jamais quitter l’île, par manque d’intérêt, et parfois même par un certain désintérêt assumé pour ce qui se trouve au-delà.
Concrètement, un Montréalais moderne, qui travaille au centre-ville et qui vit sur l’île, a plus de chances d’être davantage en contact au quotidien avec des habitants de Toronto, Vancouver, Londres ou New York que de Québec, Saguenay, Drummondville ou Trois-Rivières.
Cette réalité est aussi vraie du côté des Québécois des régions. Nombre d’entre eux ne veulent même plus s’aventurer sur l’île de Montréal. Ils ont l’impression que la ville est devenue un monde parallèle qui ne les représente plus, qui ne parle plus français sauf à la manière d’un « accommodement raisonnable », et qui encourage des tendances culturelles et sociales qui leur paraissent déconnectées, voire étrangères à leur propre réalité.
Cette fracture n’est pas qu’un sentiment diffus, elle est désormais visible dans la vie quotidienne. À Montréal, il est devenu normal d’être accueilli spontanément en anglais, d’entendre « Sorry, I don’t speak French » sans malaise, ou de fréquenter des commerces dont la langue d’usage est l’anglais, même hors du West Island traditionnellement anglophone. En région, cette réalité est pratiquement inexistante : le français n’y est pas une option parmi d’autres, il demeure la langue commune.
De la même façon, alors que la métropole débat de plus en plus de conflits importés, elle tend aussi à vouloir imposer au reste du Québec une vision de la vie en société façonnée pour l’île de Montréal : guerre à l’automobile, densification accélérée, urbanisme contraignant – souvent au détriment des besoins, du rythme et du mode de vie des régions.
À l’inverse, le Québécois francophone des régions n’aspire pas à se replier, mais à s’enraciner. Il veut être connecté à son monde, à sa famille, à sa communauté, à des visages qu’il connaît et à des lieux qui ont une mémoire. Il cherche moins à suivre le mouvement du monde qu’à donner une continuité à ce qu’il est. Il veut de l’ordre, non par rigidité, mais parce que l’ordre permet la stabilité, la transmission et la cohérence. Il veut pouvoir transmettre à ses enfants un socle moral, une culture, une langue et une façon de vivre qui ne soient pas simplement des tendances passagères, mais un héritage. Pour lui, le Québec n’est pas un concept abstrait ni une plateforme idéologique : c’est un milieu de vie, un tissu de relations, une mémoire collective, et une promesse faite aux générations qui viennent.
Le Québec n’est pas une société comme les autres. Il est une nation minoritaire en Amérique du Nord, façonnée par quatre siècles de résistance culturelle, linguistique et sociale. Il s’est bâti contre les vents dominants, avec une langue, une mémoire et une façon de vivre qu’il a dû protéger et transmettre génération après génération. Une nation fragile ne peut se permettre une métropole détachée de ce qu’elle est. Elle a besoin d’un Montréal fier, enraciné et conscient de sa responsabilité historique – une métropole qui parle au reste du monde, oui, mais au nom de son propre peuple.
Montréal n’a pas à être moins ouverte ni moins moderne, mais elle doit assumer et affirmer fièrement son appartenance à l’identité québécoise. Une métropole nationale n’est pas un simple pôle économique ni une vitrine branchée sur les tendances du moment : elle est le cœur symbolique d’une nation. Lorsque ce cœur regarde son monde de haut, lorsqu’il se détache de ceux qu’il est censé représenter, ce n’est pas seulement une relation qui s’effrite – c’est notre identité nationale qui se fragilise.
Kevin Paquette est consultant chez Crestview Strategy. Il a été conseiller politique du ministre de la Sécurité publique du Québec et président de la Commission de la Relève de la Coalition Avenir Québec. Il a également travaillé dans le war room du Parti conservateur du Canada lors de la campagne électorale fédérale de 2019.




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