Étienne-Alexandre Beauregard: La gauche canadienne doit abandonner son obsession américaine
Chaque fois que les démocrates proposent une mauvaise idée, les progressistes canadiens s'empressent d'en créer une pâle imitation.

L’un des reproches les plus persistants envers la droite canadienne consiste à l’assimiler au conservatisme américain. Dès la fondation du Parti conservateur du Canada en 2004, les libéraux affirmaient dans une publicité que l’on ne « reconnaîtrait plus le Canada » si Stephen Harper prenait le pouvoir, car il enverrait des troupes en Irak, permettrait le port d’armes et démantèlerait le système de santé. Vingt ans plus tard, Pierre Poilievre se voit caricaturé en « mini-Trump », alors même qu’il existe un fossé entre son propre libéralisme classique et le national-populisme du président américain.
Ce raccourci rhétorique joue cependant sur une ressort de la psyché canadienne depuis le changement de régime opéré par Pierre Trudeau en 1982, selon lequel être un patriote canadien revient d’abord à être « plus à gauche que les États-Unis ». Le pays ne se définit plus par son histoire et encore moins par ses peuples fondateurs, mais par un rejet de certaines caractéristiques « de droite » prêtées aux États-Unis : système de santé privé, militarisme, port d’armes, libéralisme économique ou contrôle de l’immigration.
Une telle posture politique ne fait pas une identité nationale, surtout considérant que beaucoup de ces éléments ne se retrouvent pas dans la plupart des pays européens. « Ces différences ne sont donc pas propres au Canada. » Surtout, l’anti-américanisme bon marché de la gauche canadienne serait bien plus crédible si elle n’agissait pas elle-même en permanence comme une succursale du Parti démocrate américain.


