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Étienne-Alexandre Beauregard: Déconstruction ou fierté : quelle mission pour nos musées nationaux?

Le musée d'histoire nationale du Québec est l'antithèse du Musée royal de la Colombie-Britannique.

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Without Diminishment Editor and Étienne-A. Beauregard
Jan 06, 2026
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(Le Royal BC Museum de Victoria.)

C’est l’histoire de deux musées, et de deux manières diamétralement opposées de répondre aux débats historiques et identitaires qui secouent le Canada depuis 2020.

En Colombie-Britannique, le gouvernement du NPD a présidé à la « décolonisation » du Royal BC Museum, dont le récit remet désormais en question la légitimité même des citoyens de la province. Pendant ce temps, le Québec annonçait un nouveau Musée de l’histoire nationale, qui assume vouloir entretenir la fierté de la nation québécoise.

Ces deux expériences antagonistes démontrent à quel point le rôle symbolique des institutions publiques est désormais contesté, alors qu’il semble devenu controversé que l’État honore son propre peuple plutôt que d’en faire la critique permanente.

La chute du Royal BC Museum

À la fin de 2021, le Royal BC Museum de Victoria, musée public racontant l’histoire de la Colombie-Britannique, annonce la fermeture temporaire de certaines expositions afin de « décoloniser » leur contenu. Cette initiative s’inscrit évidemment dans le tsunami idéologique qui déferle sur le monde occidental depuis 2020, alors que la mort de George Floyd a entraîné une surenchère de cancel culture au sein des universités, des institutions publiques et même des grandes entreprises privées.

Largement reconnu comme l’un des plus beaux et des plus innovateurs musées au Canada, le Royal BC Museum se distinguait dès 1972 avec ses reconstitutions grandeur nature de scènes historiques immersives. La plus célèbre d’entre elles, Old Town, répliquait l’ancienne ville de Victoria, avec ses bâtiments de bois de la fin du XIXe siècle. Cet établissement adoré du public, qui accueille près de 800 000 visiteurs chaque année, a entamé une grande refonte de ses expositions pour ne plus « propager des récits coloniaux » et être ainsi plus « inclusif ».

Désormais, le changement de philosophie est palpable. Les visiteurs qui entrent au nouveau Royal BC Museum sont accueillis par un panneau affirmant : « Today, we acknowledge that we are uninvited guests of the lək̓ʷəŋən People, the Esquimalt and Songhees Nations, on whose lands we reside. » Qu’un musée gouvernemental dont la mission est de refléter l’histoire de la Colombie-Britannique dise à ses propres citoyens qu’ils sont indésirables chez eux démontre à quel point cette dérive idéologique a subverti les institutions publiques.

Plus largement, la refonte « inclusive » du musée a mis de côté la complexité et la spécificité de l’histoire de la province au profit d’une vision du monde en noir et blanc, avec, d’un côté, les « colonialistes » et, de l’autre, les « personnes racisées », ces dernières étant décrites comme perpétuellement victimes des premiers. Plus encore, en dénonçant systématiquement la présence européenne qui a bâti la Colombie-Britannique contemporaine, on a l’impression d’être face à un musée qui est plus intéressé par la critique de son propre peuple que par le récit de son histoire.

Le Musée de l’histoire nationale du Québec

Le nouveau Musée de l’histoire nationale du Québec, qui ouvrira ses portes à l’été 2026, apparaît en quelque sorte comme un miroir inversé de la triste refonte du Royal BC Museum. Les deux initiatives sont survenues au même moment, mais alors que l’une désirait « décoloniser » l’histoire, la seconde assumait vouloir stimuler la fierté nationale des Québécois. L’aile jeunesse du parti du premier ministre François Legault a lancé l’idée en affirmant sans détour que « nous n’avons pas à nous excuser pour notre histoire, bien au contraire ».

Dire une pareille chose en 2021 était certainement contre-culturel. Il était grand temps de fonder un musée intégralement dédié à raconter l’histoire de la nation québécoise, le peuple francophone qui a planté ses racines en Amérique avec l’arrivée de Cartier puis de Champlain.

Naturellement, l’annonce du musée a suscité la controverse dans les sphères progressistes, d’autant plus que le gouvernement a clairement affiché ses couleurs. Pour le premier ministre Legault, il s’agit d’en faire « un lieu qui rende les Québécois encore plus fiers d’être québécois ».

Éric Bédard, historien respecté qui agit comme consultant pour le futur musée, a lui aussi affirmé que, s’il ne souhaitait pas une lecture « jovialiste » de l’histoire, ce ne serait tout simplement pas intéressant pour les visiteurs d’en faire un « musée des horreurs ».

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